LA PRESENCE DE RELIGIEUX A VICO

A la fin du XVe siècle, la vicairie franciscaine de Corse, relevant directement du Ministre Général de l’Ordre des Frères Mineurs, comptait 17 « lieux » de vie franciscaine et 163 frères mineurs de l’Observance. Fra Giovanni Parente, Ministre Général de l’Ordre de 1237 à 1250, aurait participé, selon la tradition, à l’établissement d’une dizaine de fraternités, parmi lesquelles celle de la Selva, située « à la 4e borne,  en quittant le port qui a nom Girolata », première des fondations franciscaines dans le diocèse de Sagone.


Première Partie : Les Frères Mineurs de l’Observance

 

I - Le couvent Saint François de Vico. Origines

Fondé en 1481, il constitua la 16e  implantation franciscaine dans l’île. Le pape Sixte IV  avait en effet  répondu favorablement à la supplique du seigneur Giovan Paolo da Leca et des populations de sa seigneurie  souhaitant ériger un couvent à Vico. Le lieu-dit Paratella, situé à  500 m à l’est du hameau de Nesa, sur un mamelon culminant à 410 m d’altitude, fut jugé le plus approprié par les parties consultées : le seigneur, les représentants des communautés de la piève de Vico, Fra Guglielmo Bolano de Speloncato, à la tête de la vicairie franciscaine de Corse ainsi que quatre frères, venus vraisemblablement du couvent de la Selva estimer les qualités du lieu. 

 Le 21 juin 1481,   Gratianus, notaire à Vico, se rendit sur place pour la signature officielle de l’acte de donation des terres   expertisées et évaluées par sept sages de la province de Vico à 325 écus. En conséquence, «  le lieu-dit   Paratella  fut donné au bienheureux saint François et aux vénérables frères pour y ériger un couvent… »

A l’acquisition de terres, s’ajouta la donation «  par  la volonté expresse et avec le plein consentement des habitants de Nesa »  des eaux de la fontaine «  A le vie force »  pour les besoins propres  des religieux et l’arrosage de leur jardin. L’acte précisait encore :   « Que nul quel que soit son grade, son état, sa condition, ne s’arroge le droit de couper des arbres, quelle que soit l’essence, sans la permission expresse des frères présents et futurs, propriétaires de ces biens ».

 

I – 1  Giovan Paolo da Leca : fondateur-protecteur à haut risque

On a souvent écrit que Giovan Paolo  dota personnellement les frères du couvent de terres estimées à 200 écus. Cela n’apparait pas dans l’acte de 1481. Il se peut que ces 200 écus aient constitué la contribution personnelle du seigneur sur les 325 écus  réglés pour l’achat des terres.

Lors de la fondation, Giovan Paolo était au comble de sa gloire. C’était un homme riche, puissant, influent, comblé. Son capital était évalué à plus de 100 000 livres ; son cheptel atteignait 3 000 têtes ; ses revenus annuels dépassaient  3 000 livres. Il possédait le château de Cinarca dominant le golfe du même nom, le château éponyme de Leca dit aussi « u Castaldu », proche d’Arbori et situé à une dizaine de kilomètres de Paratella, ainsi que le fortin des « Rocche di Sia », au-dessus de Porto.

Si Giovan Paolo traita avec munificence le couvent et les frati, il ne put le faire que pendant les cinq années qui suivirent la fondation. En effet, à dater de 1486, les soucis politiques et les revers militaires vont s’acharner sur le seigneur en guerre contre l’Office de Saint-Georges. Dès le début des hostilités, le seigneur avait fait cacher dans le jardin du couvent de nombreuses pièces d’argenterie (18 tasses, 3 louches, une coupe, 2 « corone », 12 cuillers, selon le testament  du seigneur daté de 1487) ainsi que 2 000 ducats, aux dires du chroniqueur Monteggiani. Seuls deux religieux avaient été mis dans la confidence. Leurs fréquentes visites censées répondre aux besoins spirituels des assiégés éveillèrent les soupçons des commissaires des troupes génoises. Les deux frères arrêtés, mis à la question, firent des aveux. Deux milles livres- poids d’argenterie et 1 200 lires en espèces furent saisies. Assiégé, vaincu, Giovan Paolo négocia sa reddition, mettant entre autre pour préalable la restitution intégrale de son trésor saisi au couvent. L’avenir de ceux qui furent partisans ou protégés du seigneur sera pour longtemps compromis. Au cours de l’été 1489, la population de Sorru in Su sera chassée, le pays  dévasté, ruiné, le village d’Arbori, à mi - distance du castaldu et du couvent, sera brûlé puis arasé.

Privés du bénéfice des quêtes, les religieux durent connaître de longues heures difficiles et chercher leur survie dans le jardinage, l’arboriculture et l’élevage.

 

I – 2  Le couvent franciscain (1481-1626)

Jusqu’au XVIe siècle les implantations franciscaines de Corse échappèrent  à tout parti architectural spécifique. C’était  de simples « lieux de vie » réunissant autour d’un oratoire de petits bâtiments, identiques à ceux des habitants les plus humbles de la région.

A Paratella, trois ou quatre « case » ou maisonnettes suffirent à abriter durant  l’hiver 1481-1482 un père-gardien et  deux frères non-prêtres. Ces humbles habitations, aux murs de moellons de granit jointoyés à l’argile, au sol en terre battue, aux toits couverts de bardeaux en châtaignier, se trouvaient à proximité d’une petite chapelle dédiée à saint Antoine de Padoue, le plus populaire, en Corse,  des disciples de saint François d’Assise.

Au cours du XVIe siècle, la communauté de religieux s’accrut. De nouvelles constructions furent élevées pour répondre à ses besoins, une  modeste église dédiée à saint François  érigée en remplacement de la chapelle saint Antoine de Padoue, en ruines. En 1589, cet édifice, au couvrement charpenté et au sol en terre battue, était toujours dans un état d’extrême dénuement.    

  Les  Frères Mineurs de l’Observance avaient des contacts suivis avec les populations à l’extérieur du couvent. Ils étaient au service du peuple, participaient à son édification  par leur zèle apostolique, leur dévouement et le  témoignage de leur vie religieuse, comme l’atteste  une supplique adressée au pape le 24 aout 1603.

I – 3  Le nouveau couvent à l’italienne (1627-1785)

Alors que leur rayonnement ne cessait de croître,  les bâtiments, «  vrai miroir de pauvreté », demeuraient dans un grand état de vétusté. Leur renouvellement s’imposait.

En 1627, un nouveau couvent, structuré architecturalement, adapté à une vie de communauté, fut mis en chantier, les habitants des localités voisines apportant leur aide à ce projet par des souscriptions et des journées de travail offertes. Il donna lieu  à deux campagnes principales de travaux.

 De 1627 à 1710, l’église fut remaniée et embellie. Une aile attenante à l’église, comportant, au rez-de-chaussée, un cellier, une cuisine, le réfectoire et des commodités et, à l’étage, les cellules des religieux et le chauffoir, fut  édifiée. Elle  communiquait avec le chœur, à l’arrière du maître-autel, facilitant ainsi son accès direct aux religieux   pour la récitation de leurs offices.

 De 1710 à 1785,  avec la transformation du couvent en « studium » ou maison de formation, cet ensemble fut complété par l’élévation d’une nouvelle aile nord-sud. Les bâtiments conventuels, permettant d’accueillir une vingtaine de personnes, définissaient un plan en U avec l’église, elle-même l’objet de nouveaux travaux d’embellissement.

En raison des méfaits du temps et de la tourmente révolutionnaire,  seules certaines œuvres ornant l’église au cours de la période susdite sont parvenues jusqu’à nous : un grand Christ en croix en bois peint polychrome,  dit « U franciscone », relevant du gothique international tardif, le tabernacle du maître autel, en marqueterie de marbre, daté de 1698, une statue de saint Antoine de Padoue avec l’Enfant Jésus, en bois peint polychrome, de la seconde moitié du XVIIe  siècle,  un chasublier en bois sculpté et mouluré, daté de 1664.

Ont entre autre disparu une chaire à prêcher et un orgue de chœur exécuté en 1773 par le facteur d’orgue génois Giovanna Battista  Ciurlino.

II -   Le rayonnement spirituel du couvent

Maison de formation intellectuelle et spirituelle, le couvent saint François formait des candidats aux ordres mineurs et majeurs, présentés régulièrement à partir de 1715 aux évêques de Sagone pour leur ordination.  Il mettait à leur disposition les  ouvrages  de sa bibliothèque, riche en 1790 de  670 volumes correspondant à 466 titres, comme le révèle l’inventaire dressé par le « frère-gardien » Nazario de Renno, et comptant  20 incunables imprimés entre 1475 et 1489, possédés aujourd’hui par la bibliothèque municipale d’Ajaccio.

  Les archives départementales de Corse-du-Sud ont  pour leur part conservé une centaine d’attestations  de formation délivrées par le Studium de Vico et de lettres patentes d’ordinations.

Autre témoignage  de l’influence et du rayonnement de la spiritualité du Poverello diffusée  par les religieux de Vico : le nombre croissant des membres du « Curdone », tiers-ordre  implanté à partir de la fin du XVIe siècle dans de nombreux villages de la piève de Vico et alentour.

Les lieux de provenance des religieux attestent aussi de l’aire d’influence du couvent. En 1770, parmi les sept frères-prêtres que comptait le couvent de Vico, cinq étaient originaires d’Arbori, Coggia, Renno, Vico, deux de Marignana , un de Lumio(Balagne), les six frères lais étant natifs pour leur part d’Arbori, Evisa, Renno et Vico.

Il nous est difficile d’imaginer la force et la qualité des relations qu’entretinrent tout au long de leur histoire les Frères Mineurs de Vico avec les habitants de la piève  et les populations avoisinantes.  Rares furent les familles qui ne comptèrent pas au cours des siècles un parent ou un ami  entré au couvent  ou un membre du « Curdone ».Il n’y eut pas une seule maison qui n’ait accueilli les frères mendiants lors de leur quête hebdomadaire. Rares encore furent  les fidèles qui ne participèrent  à des solennités liturgiques dans l’église conventuelle ou à des inhumations dans ses «  arce »,  sépultures collectives ménagées dans son sous-sol. Cet usage se répandit en effet à partir du 17e siècle. En effet, alors que l’église comptait une seule arca réservée aux Frères Mineurs à la fin du 16e siècle, dès 1618  les Leca d’Appriciani, Arbori, Renno et Vico aménagèrent dans son sous-sol  leurs caveaux privés,  « sepoltura de suoi antenati ». A partir de la seconde moitié du 17e siècle,  un grand nombre d’habitants de la piève et des communautés avoisinantes manifestèrent  leur désir d’être enterrés dans des sépultures collectives ménagées à cet effet dans l’église  susdite. Ainsi en est-il, par exemple, en 1686, de la majorité des défunts des paroisses d’Appriciani et d’Arbori, comme le révèlent les registres paroissiaux, ou encore  de 33 des 102 défunts dénombrés de 1689 à 1719 à Evisa, localité située à 22 kilomètres de Vico.

 

 III -  Le couvent franciscain et les confréries

Les «  frati » entretinrent des relations privilégiées avec les confréries, entre autre avec celles des pénitents de la Sainte Croix dont ils encouragèrent la création et la diffusion  en de nombreuses paroisses du diocèse de Sagone. Placées sous le patronage de saint Antoine Abbé, ces associations pieuses de laïcs, dont l’existence est attestée en 1589 à Arbori, Murzo, Poggiolo, Renno ou encore à Vico, s’inspirèrent tout particulièrement de la piété pénitente des franciscains  pour l’édification de leurs âmes. Les inhumations de nombreux confrères dans l’église conventuelle renforcèrent encore ces liens

Des religieux  furent également membres de diverses confréries. Ainsi des Frères s’inscrivirent-ils à la «  confrérie des prêtres et clercs du diocèse de Sagone », vouée à la libération des âmes du Purgatoire et placée sous la protection de Notre Dame du Mont Carmel. Fondée à Calvi en 1645, elle tint sa première assemblée générale dans l’église paroissiale de Vico,  regroupant 40 prêtres et six clercs. Des religieux  du couvent en firent régulièrement  partie  de 1646 à 1789, comme le révèlent les registres conservés.

D’autres franciscains de Vico  furent également membres, dès sa fondation en 1686, de la confrérie mixte du Rosaire érigée en l’église paroissiale de Vico. Ainsi y retrouvait-on les frères Simone de Feliceto, Anton Francesco de Vico, Santo Leca  Cristinacce d’Appriciani et trois autres Leca Cristinacce : Agostino, Angelo et Francesco…

 

IV -  L’ex-couvent de franciscains (1789-1836)

Le 2 novembre 1789, l’Assemblée Constituante décidait de la mise à disposition de la nation des biens du clergé.

A cette date, les Frères Mineurs de l’Observance possédaient en Corse 40 couvents regroupant 500 religieux. Le 18 février 1790, Fra Nazario de Renno,  Père-Gardien du couvent de Vico, remettait officiellement au juge royal l’inventaire des livres de la bibliothèque  ainsi que l’état descriptif des propriétés foncières et arboricoles, complété par le sommaire des revenus du casuel (blé, orge, seigle, légumes, châtaignes, pain, vin, fromage, viande, lin). Il évaluait les revenus annuels du couvent à 5 870 lires, somme nécessaire à l’entretien des religieux, des bâtiments et de quatre bêtes de somme.

Malgré les injonctions révolutionnaires du 12 mars 1791, les officiers municipaux chargés de l’établissement des inventaires,  souvent attachés personnellement aux « frati » de Vico, firent de la résistance passive ou contournèrent la loi. Ainsi, le 21 novembre de la même année, un bail de 9 ans fut-il passé  entre  le directoire du district de Vico et le sieur Giovanni Pinelli de Rosazia, « ex Frère Mineur Observant du district », en fait ex supérieur du couvent. La vigne, l’enclos, le pré, biens nationaux, anciennement propriété du couvent, lui furent loués moyennant le paiement annuel de 80 francs.

 L’inventaire détaillé de tous ses biens, préalable à toute adjudication, fut longtemps différé. Il  ne fut dressé que les 8 et 9 mai 1797. Malgré la fermeture des couvents, celui de Vico avait continué  à être habité  illégalement par d’ex-religieux. Afin de régulariser leur situation, la municipalité favorisa, après inventaire et mise en adjudication des  biens, leur prise à bail par   ces ex  franciscains qui devenaient ainsi locataires, en qualité de simples citoyens,  de ce qui avait été leur propriété collective.  Ces derniers vécurent en paix jusqu’à ce que, au cours de l’année 1802, les Domaines se préoccupent à nouveau des biens nationaux non aliénés.  La bienveillance  des autorités locales et de la population permettra à d’ex religieux de  demeurer dans les lieux jusqu’en 1826.

 Ainsi prit fin à Vico une présence franciscaine de trois siècles et demi.

Les 22 et 29 février 1836, les bâtiments conventuels et dépendances,  l’église et le jardin seront mis aux enchères. Cet ensemble sera attribué pour 3 050 francs au seul enchérisseur, le vicaire général Sarrebayrouse, agissant pour le compte  de l’évêque, Mgr Casanelli d’Istria. Le 7 mai 1836, l’évêque en fera don à la congrégation des Oblats de Marie Immaculée.

 

* Une étude d’ensemble relative au couvent des Frères Mineurs Observants de Vico dit « couvent Saint François », due à l’auteur,  a été publiée en  janvier 2002  par les éditions Alain Piazzola.


Deuxième Partie : Les Missionnaires Oblats de Marie Immaculée

 

  I – Les Oblats de Marie Immaculée en Corse (1835-1903)

Cette congrégation  fondée à Aix-en-Provence le 25 janvier 1816 sous l’appellation « Missionnaires de Provence »  par le Père Eugène de Mazenod,  ordonné prêtre cinq ans plus tôt, soucieux de se consacrer «  aux âmes les plus abandonnées », est approuvée officiellement le 17 février 1826 par le pape Léon XII sous le nouveau titre de «Missionnaires Oblats de la très Sainte et Immaculée Conception »(1).

En 1832, le Père,  vicaire général de Marseille,  est élevé à l’épiscopat sous la titulature d’évêque d’Icosie puis est nommé évêque auxiliaire de Marseille.

Contacté à propos de la prise en charge d’un grand séminaire diocésain par  Mgr Casanelli d’Istria,  évêque d’Ajaccio depuis 1833,  soucieux de la formation du clergé insulaire, Mgr de Mazenod  est profondément ému par la description de l’état religieux de la Corse et plus précisément de son clergé. Il propose à l’évêque comme supérieur du séminaire le Père Joseph Hippolyte Guibert, âgé de 32 ans, « le prêtre le plus distingué de nos contrées soit par sa profonde piété soit par l’étendue de ses connaissances soit par la finesse de son esprit cultivé ».

 

 I – 1   Le Père Joseph Hippolyte Guibert à Ajaccioippolyte Guibert, âgé de 32 ans, « le prêtre le plus distin

Arrivant de Toulon, le Père débarque à Saint Florent le 15 mars 1835 après une traversée fort agitée. Il arrive à Ajaccio le 18 mars, après trois jours de voyage à cheval. Il est rejoint le 25 avril par le Père  Antoine Adrien Telmon et le Frère  Jean- Bernard Ferrand.

Nanti des pleins pouvoirs par Mgr Casanelli d’Istria, le supérieur du grand séminaire parvient en deux mois, à la surprise générale, à trouver et aménager des locaux provisoires. Les cours commencent le 10 mai 1835 avec 14 élèves .Les Pères Charles Dominique Albini et Sicard  arrivent le 17 octobre pour la rentrée de l’année scolaire 1835-1836. Le séminaire compte au cours de cette année 132 élèves parmi lesquels une quinzaine de prêtres venus  pour la formation théologique qui leur manquait.

 

I – 1 - 1  Le Père Joseph Hippolyte Guibert au couvent de Vico

Dès sa nomination à l’évêché d’Ajaccio, Mgr Casanelli d’Istria nourrit le projet de doter son  diocèse  d’une communauté religieuse  qui assurerait l’édification des âmes par la prédication de missions dans toute l’ile. L’arrivée des Pères Oblats de Marie Immaculée et tout particulièrement du Père Albini devait combler son désir.

Il parle au Père Guibert de l’ancien couvent de franciscains que l’on vient de mettre en vente à Vico, son village natal et qui pourrait convenir aux missionnaires. En juin 1835,  celui-ci  informe  Mgr de Mazenod de son projet de se rendre sur place pour examiner les lieux en vue d’une éventuelle implantation oblate.

Le 7 mai 1836, Mgr Casanelli d’Istria, propriétaire du couvent depuis le 29 février 1836, suite à sa vente par les Domaines, en fait donation à la congrégation des Oblats de Marie Immaculée.

Paul Fontana, historiographe, très documenté  sur Vico, son village natal, écrit dans Le Petit Marseillais des 25, 28 et 30 juillet 1938   : « on ne pouvait ignorer que l’évêque n’achetait pas pour son compte personnel et qu’il ne payait pas de ses propres deniers…Il est manifeste que tout cela avait été réglé d’avance… »

L’acte de donation « irrévocable » des bâtiments conventuels, des dépendances, de l’église et du jardin d’un hectare, passé devant Pierre-Marie Versini et Laurent Peraldi, notaires royaux à Ajaccio, précise : «  le tout est donné en l’état où il se trouve actuellement, sans rien en réserver ni retenir ». Lesdits biens «  devront servir à une destination religieuse : maison de retraite ou de mission, école ecclésiastique, communauté religieuse ou autre et ce au choix du donataire... Ils ne pourront être détournés de leur destination… La présente donation est faite parce que telle est la volonté du donateur ».

 La donation est acceptée par le Père Guibert, agissant au nom de Mgr de Mazenod.

Avant toute installation dans cette neuvième fondation oblate, des travaux de réhabilitation s’imposent. Se rendant  en juin 1836 à Vico pour un état des lieux  précis, il écrit : « Quand je suis arrivé à Vico, toute la ville a été en émoi. Le maire, le curé, le receveur et les principaux habitants ne m’ont pas quitté un seul instant. Ils auraient voulu me persuader que le couvent était l’une des sept merveilles du monde. Ils m’ont même offert de vendre des biens pour faire les réparations… »

Le 20 juin  1836, les Pères Albini et Telmon rejoignent le couvent avec le frère  Ferrand,  le Père Guibert installant officiellement le Père Albini comme premier supérieur.

Les  premiers travaux de restauration sont aussitôt engagés. Toutes les toitures sont en effet à reprendre, les 52 portes et les 60 fenêtres à remplacer pour moitié… La voûte du réfectoire menace de s’écrouler… L’église est en très mauvais état…

Les Pères Albini et Guibert poursuivent la remise en  état des bâtiments. En 1841, alors que le Père Guibert, nommé évêque  de Viviers, s’apprête à quitter la Corse,  il note que  22 266 francs  ont été dépensés pour ce chantier   au cours des cinq années écoulées. Les professeurs du grand séminaire  y ont consacré la totalité de leurs traitements, soit 19 266 francs, la congrégation octroyant pour sa part les 6 000 francs complémentaires.

 

I – 1 - 2  Séjours du Père Guibert au couvent

Au cours de l’été 1838, la viabilité de la maison est assurée.  Alors que des travaux d’agrandissement de l’ancien séminaire d’Ajaccio sont engagés, les élèves et les professeurs du grand séminaire viennent  passer à Vico l’année scolaire  1838- 1839. Ainsi  deux communautés oblates  sont- elles réunies sous le même toit : celle du couvent avec les Pères Albini, Gibelli et le frère convers Pierre Métifiot, celle du grand séminaire avec les Pères Guibert, Bellon et Moreau et un grand nombre des 80 séminaristes, tandis que d’autres étaient logés chez l’habitant. L’année suivante, le chantier du séminaire étant achevé, professeurs et élèves regagnent Ajaccio.

Le 12 aout 1841,  alors que le Père Guibert se trouve au couvent, il reçoit l’annonce officielle de sa nomination à l’évêché de Viviers. Dans la soirée, la nouvelle se répand  dans les villages environnants et les cloches de toutes les églises se mettent à sonner.  Le soir même, un   Te Deum est célébré dans l’église paroissiale de Vico, en présence de Mgr Casanelli d’Istria, du curé Multedo  et du clergé de la piève, du nouvel évêque de Viviers et de la population.  A la fin de la cérémonie, les deux évêques regagnent le couvent, sous les vivats  de la foule et les salves d’armes à feu.

Le Père Guibert quitte la Corse après 16 années d’apostolat. Il était âgé de 40 ans.

Les Oblats du couvent reverront Mgr Guibert  le 16 octobre 1851,  lors de sa venue en compagnie de Mgr de Mazenod et de Mgr Casanelli d’Istria pour   l’exhumation et  la translation des restes du Père Albini dans un nouveau cercueil déposé à l’intérieur de l’église dans la paroi murale à proximité du grand Christ en croix où il se trouve encore de nos jours. 

 

 

I  - 2   Le Père Charles Dominique Albini,   missionnaire et professeur de grand séminaire (1824-1839)

Prêtre séculier à Menton, l’abbé Albini découvre en juillet 1824 les « missionnaires de Provence » et décide de les suivre. Alors âgé de 34 ans, il se sent ardemment appelé à prêcher avec eux des missions populaires.  Il débute sa première mission le 20 novembre 1824, trois semaines après avoir prononcé ses vœux devant le Père   de Mazenod et être devenu le « Père Albini ».

 En trois ans il prêche douze grandes missions. Debout avant quatre heures du matin, se donnant sans mesure à la prédication  en italien ou en provençal, passant des journées entières au confessionnal, parfois jusqu’à 23 heures, cet insatiable missionnaire tombe malade. Une fois rétabli, il est nommé professeur de théologie morale au grand séminaire de Marseille  dirigé par les Oblats dès l’automne 1827. (En approuvant leur règle le  21 mars 1826, le pape  Léon XII leur avait en effet  confié,  en plus des missions, la prise en charge de séminaires). Il y enseigne pendant huit ans avec, au cœur, la nostalgie de partir à nouveau porter la parole de Dieu  «  aux âmes les plus abandonnées ».

Lorsqu’il débarque à Ajaccio en 1835, il est attendu par le Père Guibert pour enseigner au grand séminaire la théologie morale, assurer les cours de diaconale ainsi que la direction spirituelle de séminaristes et de prêtres.

I – 2 -1  Le Père Albini à Vico

 Le 20 juin 1836, il devient le premier supérieur de la maison oblate de Vico.

Jusqu’à sa mort le 20 mai 1839, il  sera  douloureusement partagé entre son brûlant désir de partir en mission dans les villages de Corse, à partir du couvent de Vico et les lourdes charges qui lui sont imposées au grand séminaire, charges qu’il voudrait mais ne peut refuser. Le temps de professorat lui parait être un temps vécu  au détriment des missions populaires qui l’attendent. Dans des lettres adressées au Supérieur Général,  il fait part de son déchirement  et indique qu’il acceptera par devoir, par obéissance,  de demeurer encore professeur si cela lui est demandé mais son plus grand et seul désir est de pouvoir reprendre la prédication des missions populaires.

Dès qu’il le peut, le Père met à profit les vacances scolaires pour repartir « évangéliser les pauvres de ces contrées  où nous sommes attendus et vivement désirés », dit-il. C’est ainsi que celui que l’on  surnomme «l’apôtre de la Corse accomplira  de la fin 1836 à 1839 onze missions dans l’île : à Moïta, Ile Rousse, Santa Reparata di Balagna, Ajaccio, Coggia, Calcatoggio, Albertacce, Guagno, Linguizetta, Canale di Verde ou encore Ota.

Le 12 novembre1838, il tombe  malade. Après une brève rémission, son état s’aggrave. Il s’éteint au couvent de Vico le 20 mai de l’année suivante dans la chambre devenue  depuis 1836 l’oratoire de la communauté oblate(2).

 

I – 2 - 2  Sainteté de vie du serviteur de Dieu

 La sainteté de vie  du Père Albini est notoire, reconnue  en tous les lieux où il a vécu,  prêché, enseigné.  On lui attribue des grâces extraordinaires, des conversions et nombre de faits jugés miraculeux.

Le 10 novembre 1841, Mgr de Mazenod recommande de « recueillir par écrit tout ce qui a rapport à la bienheureuse vie de notre Père Albini » car il a l’intention d’introduire sa cause, ne fût-ce que pour le faire déclarer « vénérable ». Le 17 juin 1851, Mgr Guibert rappelle que  pour obtenir un  tel décret, « il suffit de prouver l’héroïcité des vertus et la réputation des miracles ».

Une suite d’évènements malheureux retarde jusqu’au 14 avril 1915 l’introduction à Rome de la cause qui fait lentement son chemin jusqu’au 4 juillet 1968, date à laquelle le pape Paul VI proclame le Père Albini « Vénérable ».

175 ans après sa mort, le couvent conserve la sépulture du Père et garde vivante la dévotion à cet homme de Dieu dont le dossier de canonisation est en cours.

Deux témoignages relatifs à la sainteté du Père Albini  me semblent particulièrement à retenir : celui du docteur La Testière de Vico qui l’a assisté pendant sa maladie, jusqu’à sa mort. C’était un esprit fort, ne croyant en rien. IL voit souffrir le religieux qui prie pour sauver sa femme d’un accouchement désespéré… Il assiste à sa mort…  Le docteur est profondément ébranlé par ce qu’il a vu. Il affirmera plus tard : «  Le Père Albini m’a transformé. Je crois maintenant en Dieu et en la religion catholique. J’affirme que ma conversion lui est entièrement due. Sur mon honneur et ma conscience, je déclare que c’est un saint. J’ai vu mourir un saint ». Le docteur deviendra un fidèle pratiquant et son fils sera ordonné prêtre.

 Mgr Guibert, futur cardinal archevêque de Paris, qui mieux que personne a connu le Père Albini dont il fut durant des années le confesseur et le père spirituel, écrit pour sa part : « je puis certifier que c’est l’homme le plus saint que j’ai jamais connu et j’avoue que je l’invoque avec grande confiance ».

Nous savons par son secrétaire particulier  qu’à Viviers une gravure encadrée représentant le Père Albini était placée à l’honneur sur la cheminée. Il note : « Je ne tardai pas à remarquer que cette gravure était l’objet de soins particuliers de la part de Mgr Guibert et je compris quelle place considérable de profonde estime, d’attachement respectueux et de pieuse vénération occupait dans son cœur le saint religieux . »  La gravure demeurera objet de  vénération et  de  piété de la part du prélat qui continuera jusqu’à sa mort  en 1886 à invoquer la protection du « saint Père Albini ».

I - 3   Présence de Mgr Xavier-Toussaint-Raphaël Casanelli d’Istria, évêque d’Ajaccio, au couvent de Vico

Sitôt la remise en état des bâtiments conventuels engagés, le prélat, donateur et bienfaiteur du couvent, vient, chaque été, en juillet-août,  de 1837 à 1859, y séjourner. La maison devient alors le lieu de rendez-vous de nombreux parents, amis de la famille, prêtres et fidèles. A plusieurs reprises, les supérieurs du couvent  et Mgr de Mazenod lui-même dénoncent les inconvénients d’une telle présence, non seulement pour les dépenses élevées occasionnées mais surtout par l’impossibilité de maintenir une vie religieuse de recueillement et de prière exigée par la règle oblate. Lors de sa visite canonique du 16 octobre 1851, le supérieur général s’indigne du « brouhaha » qui règne dans la maison autour de l’évêque. Il envisage même, à plusieurs reprises, la possibilité d’établir les Pères en un autre lieu « qui soit à nous et où nous soyons seuls et maîtres », écrit-il.

Mais il est aussi des jours studieux d’été au cours desquels Mgr Casanelli d’Istria  rédige  une trentaine de  mandements et lettres pastorales…

C’est au couvent de Vico que l’évêque meurt le 12 octobre 1869, au terme de trente-six années au cours desquelles, a-t-on écrit, « il créa de toute pièce un diocèse modèle ».

 

 I - 4 -  Galerie de portraits de religieux (1835-1903)

I – 4 - 1  Le Père Antoine Adrien Telmon (1807- 1878), compagnon du Père Albini au grand séminaire d’Ajaccio  à partir de 1836, participe aux missions populaires prêchées à Moïta et Ajaccio. C’est un personnage déroutant, « touche à tout », excessif, «  pétulant et hardi par caractère mais franc lorsqu’il n’est pas contrarié…Il brille par son intelligence, par son indépendance et par ses excès », écrit le Père Albini. De relations difficiles, il se fâche avec tous ses confrères. Il s’oppose au Père Guibert, ce qui amène le 14 mai 1837  son départ de Corse où il laisse le souvenir d’un missionnaire doué à qui tout réussit.

En 1841, il partira de Marseille pour fonder les premières missions oblates au Canada et sera à l’origine, en 1849, des premières implantations aux  Etats Unis.

 

I - 4  – 2  Le Père  Etienne Semeria (1813- 1868), supérieur du couvent  de Vico de 1840 à 1847, marque aussi fortement ces lieux avant de partir pour Ceylan le 10 mars 1848. Vicaire général de l’évêque de Jaffna,  vicaire apostolique en 1857,  consacré évêque « in partibus » d’Olympia, il sera coadjuteur de l’évêque  durant onze ans, jusqu’à sa mort survenue en 1868.

 

I – 4 - 3 Le Père Mathieu Victor Balaïn (1828-1905), supérieur du couvent de Vico en 1858-1859 puis supérieur du grand séminaire de Fréjus, est nommé évêque de Nice en 1866.Très attaché aux Oblats de Vico, il revient au couvent en 1890 et offre la statue de l’ Immaculée Conception qui somme le clocher alors récemment achevé. A la tête de l’archevêché d’Auch en 1896, il meurt en 1905.

 

I - 4  – 4  D’autres Pères Oblats  de Marie Immaculée marquent aussi la vie du couvent tels le  Père Antoine  Rolleri, supérieur en 1847-48, qui fait refaire la toiture des bâtiments conventuels et remanier les cellules ; le Père Dominique Luiggi, supérieur en 1851, mort en odeur de sainteté, à qui l’on doit l’ouverture du couvent aux petits séminaristes en 1855 ; le Père Antoine Mouchette, supérieur de 1862 à 1867, maître d’ouvrage  des remaniements de l’église avec création de deux chapelles latérales dédiées à Notre Dame des Anges et à saint Antoine de Padoue, nef rythmée de piliers supportant des arcades et couverte d’un faux plafond orné d’une peinture monumentale représentant l’Immaculée conception réalisée par le peintre Philippe Bassoul,  apposition de l’inscription : « hic jacent ossa patris Albini »  sur la paroi murale concernée ; Joseph de Véronico, arrivé au couvent en 1840, desservant de Nesa ( hameau de Vico) en 1845 puis supérieur du couvent de 1867 à 1875. Religieux original, peu apte à la prédication, il est apprécié par ses multiples dons artistiques : musicien, organiste, peintre, sculpteur, architecte auteur des plans des églises de Balogna, Murzo et Nesa. Ses dons de magnétiseur lui vaudront des reproches pour exercice illégal de la médecine et entraineront son départ de Vico en 1886. Evoquons aussi  le  Père Antoine Audric, supérieur du couvent en 1878-1879, qui fait ériger par son frère le groupe sculpté monumental dit « Calvaire » sur la place de l’église  ou encore le Père Francois Semeria, qui fait élever le clocher-porche en 1889.

  Ainsi  la Maison de Vico aura-t-elle véritablement répondu jusqu’à l’expulsion des Oblats en 1903 à  la demande de Mgr Casanelli d’Istria : être une maison de « missionnaires prédicateurs » au service de la Corse, comme le font entre autre apparaître de 1869 à 1903 les 453 interventions d’Oblats missionnaires dans l’île (missions,  retraites, prédications de  Carême).

II -  Le couvent de Vico  entre l’expulsion des Oblats et leur retour (1903-1935)

Le refus de demander la reconnaissance légale de leur congrégation conformément aux dispositions de la loi du 1er juillet 1901 entraîne l’expulsion des Oblats qui  quittent le couvent de Vico le 2 mai 1903.

 Mgr Noël Casanelli d’Istria, vicaire général et neveu de Mgr Raphaël Casanelli d’Istria, fait alors valoir en justice une clause de l’acte de donation du couvent en1836, à savoir que si pour une raison quelconque les religieux ne pouvaient poursuivre leur engagement spirituel au service du diocèse, la propriété devait revenir à la famille du donateur. Le vicaire général obtient gain de cause le 27 mars 1907. Avant d’engager toute démarche juridique et administrative, ce dernier, pour ne pas tomber sous l’excommunication encourue par tout acquéreur de biens d’église spoliés, prend soin d’adresser une supplique à Rome qui  communique son approbation à l’évêque d’Ajaccio, Mgr Jean-Baptiste Desanti, le 7 juillet suivant. 

Le vicaire général s’engage à rendre ces biens aux missionnaires oblats «  le jour où ceux-ci pourront y remplir les conditions stipulées dans le contrat de donation de 1836 ». Dans sa supplique adressée à Rome, il précise : « Si à la mort du suppliant ledit immeuble n’a pas fait retour aux missionnaires, ses héritiers seront liés par l’engagement qu’il contracte lui-même… ». Il notifie clairement par écrit à Rome et à l’évêque d’Ajaccio que le propriétaire  légitime  du couvent demeure la congrégation des Oblats (Cf. Père Le Friant, O.M.I in «Etudes oblates » du 25 mars 1969, p.308).

La mort du prélat bouleverse la situation quand le couvent  devient propriété des  héritiers de Mgr Noël Casanelli d’Istria. Un pénible conflit s’ensuit entre les évêques d’Ajaccio Mgr Desanti (1906- 1916) puis Mgr Simeone (1916-1926) et la famille Casanelli d’Istria. Cette période douloureuse prend fin avec l’acte de donation notarié fait le 19 avril 1935 à l’association diocésaine « le Cyste » par Marie Félicité Casanelli d’Istria, alors détentrice  du couvent.

La réconciliation de la famille Casanelli d’Istria avec l’Eglise se fera solennellement au cours des fêtes du bicentenaire de la consécration de la Corse à Marie Immaculée et du centenaire de la fondation du grand séminaire d’Ajaccio par les Oblats de Marie Immaculée. Ces festivités rassemblent à Ajaccio, du 17 au 20 mai 1935, le  révérend Père Théodore Labouré, supérieur général de la congrégation, le cardinal Verdier, archevêque de Paris, entouré des archevêques de Marseille, Aix-en-Provence et Auch. Marie Félicité Casanelli d’Istria donnera à cette occasion une réception en l’honneur des prélats et aura le privilège de donner l’hospitalité à Mgr Roque, archevêque  d’Aix-en-Provence.

 

 

III -  Les Oblats de Marie Immaculée, de leur retour au couvent  à nos jours

 III – 1 : de 1935 à 2002

Le centenaire de l’arrivée des premiers Oblats et leur retour au couvent sont solennisés le 2 août 1935, fête franciscaine  traditionnelle de Notre-Dame des Anges. Une grand-messe chantée rassemble sur la place du Calvaire une assistance nombreuse accourue de toute la région.

La nouvelle communauté comprend alors quatre Pères : Marcel Brémont, supérieur, Bernardin d’Istria, âgé de 78 ans, qui avait vécu au couvent l’expulsion des Oblats, Victorin Ranc et Marcellin Peyssi.

 Le 30 juillet 1935, cinq jeunes séminaristes âgés de 18 à 24 ans étaient arrivés au couvent pour un « rattrapage scolaire ». Ils constituent le premier noyau d’une « maison pour vocations tardives ».

Des travaux d’urgence sont nécessaires pour assurer la viabilité des lieux.  Le chantier de réfection des toitures dont le très mauvais état avait entrainé l’effondrement des plafonds de plusieurs cellules est engagé ;  des sanitaires décents sont installés, grâce à l’adduction de l’eau de la source ; l’électrification sommaire de la maison est réalisée. Le cimetière est aussi remis en état et les tombes des douze Pères et d’un Frère  remises à l’honneur.

De 1941 à 1947, la Maison de Vico devient le « scolasticat Albini » pour des étudiants  oblats malades ou convalescents.

Au fil des années suivantes et jusqu’à nos jours, le rayonnement du couvent est mis en lumière  par l’accueil en ses murs de  retraites spirituelles, de cours bibliques, sessions et activités  socioculturelles multiples. La liturgie des dimanches et jours de fêtes rassemble des fidèles des environs ou de passage en l’église conventuelle.

 La vie de Foi s’exprime aussi en ces lieux lors des pèlerinages du 20 mai  sur la tombe du vénérable Père Albini, l’apôtre de la Corse, du 2 août, fête de Notre-Dame des Anges,  du 8 décembre, fête majeure des Oblats de Marie Immaculée ou encore du 13 décembre, fête de sainte Lucie, très populaire en Corse depuis le moyen  âge (3).

Deux Pères d’origine corse,  les Pères Noël Leca et Jean-Pierre Bonnafoux, ont marqué l’histoire contemporaine des Oblats de la province du midi :

*le Père Noël Leca, natif d’Arbori, ordonné prêtre en 1950. Longtemps directeur de l’ « Exposition missionnaire » de Lourdes avant de faire partie de la première communauté internationale oblate, rédacteur de la revue « Pôles et tropiques » pendant 17 ans, il sera rattaché à la communauté de Vico de 1992 à 1997 ;

*le Père Jean- Pierre Bonnafoux, originaire d’Ajaccio, ordonné en 1969. Supérieur de choc de la communauté oblate de Vico de 1981 à 1990 puis de 1996 à 2002, il renouvelle profondément les structures et les activités du couvent(4), sans négliger ses tâches spirituelles et apostoliques et l’aumônerie de l’Université de Corte dont il est chargé en 1996.

Il innove en associant étroitement des laïcs à la vie de la communauté oblate par l’institution de deux associations : en 1984, l’« association des amis du couvent », pour les animations et, en 1986, l’ « association pour l’accueil »,  en charge de la gestion financière des Pères et des hôtes de passage dont le nombre ne cessera de croître et la fréquentation se diversifier, témoignant ainsi de l’attractivité du couvent.

 Le Père Bonnafoux se préoccupe aussi de la sauvegarde du patrimoine mobilier. En 1986, le couvent contribue financièrement à la restauration par les  monuments historiques  de deux œuvres majeures de l’église Saint François : le grand Christ en croix, relevant du gothique international  tardif et le meuble de sacristie daté de 1664.

 On  doit aussi au Père la mise aux normes européennes des bâtiments, la modernisation des cuisines et réfectoires, la création d’un gîte d’étape, les travaux de captation des eaux usées avec branchement sur égouts, une nouvelle adduction de l’eau potable de la source,  en remplacement de celle réalisée en 1779 par les Franciscains. Ces travaux ont été rendus possibles suite à la donation  du  8 janvier  1988 faite par le « Cyste »  à la «  Fondation de Mazenod » créée le 3 juillet 1981.

 Désireux  d’ouvrir le couvent  aux préoccupations du monde et aux débats de société contemporains et d’offrir à la population des espaces   d’échange, de sociabilité, de convivialité qu’elle pourrait s’approprier, il fait édifier de 1989 à 1990, avec le concours  d’une centaine de  bénévoles de la région participant à l’ « aiutu » sous sa direction,  une salle polyvalente, la « salle Albini », pouvant accueillir 200 à 300 personnes.  S’y déroulent depuis cette date débats divers, conférences, sessions, ateliers, repas et fêtes de convivialité, toujours aussi courus 25 ans après.…

 Attentif  aux préoccupations du secteur pastoral, il favorise  en 1996 l’érection de la confrérie du  «  Père Albini », association pieuse de laïcs inter-paroissiale, dont le projet était porté par quatre  jeunes du Vicolais : Jean-Laurent et François-Aimé Arrighi, Pierre-Antoine Beretti et Dominique Antoine  Leca,  et qui sera canoniquement approuvée par l’Ordinaire du diocèse(5).

C’est dans ce même esprit d’ouverture et d’échanges qu’il contribue à créer à partir de décembre 1996 un bulletin d’information gratuit à large diffusion dont il sera le premier directeur de publication : « Inseme per a communicazione, a fraternità e a fede ». Ce bulletin séduit toujours autant les populations du Vicolais.  

Le couvent chevillé au cœur, il  ne se résout pas à son déclin  et  c’est encore avec audace qu’au cours de cette même année 1996 il fait revenir du continent pour renforcer une communauté exsangue trois Pères âgés, à la retraite : Fernand Estève, Henri Pélicier et René  Schneider, heureux de retrouver pour quelques années la Corse qu’ils avaient jadis servie comme missionnaires.   Aujourd’hui encore cette passion du couvent ne l’a pas quitté.

 

 III – 2   Evolution  de la mission pastorale de la communauté oblate du couvent

En  1951,  l’évêque de Corse confie aux Pères oblats  la desserte de trois paroisses du Vicolais. Depuis cette date, leur secteur pastoral n’a cessé de s’étendre. En 2006, cinq Pères  desservent quarante-deux paroisses des cantons des Deux Sorru, Deux Sevi, de Cinarca et du Cruzzini. En   juin 2014, le couvent compte seulement trois  Pères actifs, âgés de 56, 76 et 80 ans, pour 22 lieux de culte.

L’engagement pastoral des Oblats est celui de tout prêtre séculier diocésain : service liturgique ordinaire, fêtes patronales, baptêmes, mariages, obsèques, catéchèse, animation spirituelle des équipes de laïcs engagés. Les Pères travaillent en collaboration avec un diacre : François-Aimé Arrighi, ordonné en 2010, avec la « confraternita di u padre Albini » ainsi qu’avec les  associations   pour l’accueil  et  des amis du couvent. Ils sont également soutenus par le groupe des « laïcs associés aux Oblats ».

C’est une belle Maison Oblate, riche de ministères et d’activités mais un drame couve : la Province de France manque de nouvelles vocations et assiste au vieillissement de ses membres. Dès 2000, elle ne dispose plus de « relève » pour Vico.

 

III – 3  Un souffle nouveau : l’internationalisation des religieux

Le Provincial se tourne vers le Supérieur Général à Rome. Un appel au secours est lancé à travers la congrégation qui en 2002 parvient à envoyer à Vico deux Pères oblats : le Père Benoît Kabongo, originaire du Congo, supérieur du  couvent  pendant deux triennats et  le Père Joseph Goutier, venu du Canada pour six ans. En 2005, deux nouveaux religieux rejoignent la communauté : le Père sénégalais Jean Amadou Sy, présent au couvent pendant quatre ans et le Père André Hepting, ancien missionnaire français au Laos et en Indonésie. En 2008, c’est au tour du Père congolais Dominique Njoko et du Père Joseph Thévenet, missionnaire pendant 43 ans en Afrique centrale, de venir à Vico. Deux autres Pères séjournent brièvement  au couvent : le Père Adrien Gaillard, ancien missionnaire au Laos, de 2009 à 2010, date de sa mort et le Père  italien Pier Giorgio Piras, ancien missionnaire en Uruguay, de 2011 à 2013, année de sa mort en Italie.  Deux nouveau Pères, un Tchadien et un Vietnamien sont annoncés pour l’été 2014 en remplacement des Pères Njoko et Hepting, appelés à de nouvelles missions.

Vivre ensemble l’internationalisation avec pour dénominateur commun les charismes et l’amour de saint Eugène de Mazenod, canonisé le 3 décembre 1995 par le pape Jean-Paul II(6), constitue une difficulté à vaincre ô combien enrichissante : « s’accepter différents, se vouloir et s’aimer complémentaires ».

Autre défi pour ces Pères nouvellement arrivés, riches de leur inculturation passée : découvrir désormais la Corse, île aux traditions fortes, imprégnée depuis des siècles d’une religion populaire originale où se mêlent foi et superstition. Il faut beaucoup de temps, de psychologie  et d’amour pour entrer dans « l’âme corse ». La partie n’est pas facile à gagner.

Un de nos Pères, après trente années passées en Afrique au cours desquelles il essaya et réussit à être Africain parmi les Africains avouait : «  A mon arrivée en  France, je me suis complètement désinculturé. J’étais en dehors, l’étranger qui a besoin de réapprendre pour être sur la même longueur d’onde. Pas facile ! »

Au cours de cette nouvelle période, le couvent a poursuivi ses activités et en a accueilli de nouvelles comme  le festival de musique « Sorru in musica » créé en 2004 par Bertrand Cervera, 1er violon  de l’orchestre national de France,  festival rayonnant chaque été sur tout le Vicolais ;

III – 4  Les Oblats de Marie Immaculée au couvent  de Vico, demain

  C’est le secret de Dieu. Dio a fattu e po fara.


NOTES ET ANNEXES

 

Notes

1 – C’est sous la pression ferme et affectueuse du Père Albini, son plus saint religieux, que le Père Eugène de Mazenod se rendit à Rome pour soumettre au pape Léon XII l’approbation de sa jeune congrégation dont les « règles et constitutions »venaient d’être traduites en latin par ledit Père Albini.   

En 1826, la congrégation comptait 22 religieux. En 1861, date de la mort de Mgr de Mazenod, on en dénombrait plus de 530 et en 2012, 4093, répartis en 64 pays. 1120 Oblats de Marie Immaculée vivent en Europe, 859 en Afrique et Madagascar, 855 en Amérique du Nord (Canada et Etats-Unis), 472 en Amérique latine, 749 en Asie et Océanie.

 Actuellement, la Province de France rassemble  144 religieux en 16 Maisons  oblates, y compris celle de Vico. Les deux-tiers de ces religieux sont âgés de plus de 75 ans.

Notons, par ailleurs, que la congrégation compte un cardinal, dix archevêques, onze évêques, deux Préfets apostoliques et deux mille neuf cent quatre-vingt-un prêtres.

       

2 – Dans une lettre adressée au Père Lagier, O.M.I, le 8 juillet 1839, le Père Gibelli note à propos des obsèques du Père Albini : « Les Vicolésiens nous ont donné des preuves certaines d’affection particulière… Ils avaient demandé à notre révérend Père Guibert le corps du bienheureux Père pour le porter en triomphe dans toutes les rues de leur pays. Cette grâce leur a été refusée mais leur ferveur n’a pas été ébranlée. Le matin de l’enterrement, grands et petits, riches et pauvres, hommes et femmes, se sont rendus au couvent pour assister à ses funérailles. Une fort longue procession de pénitents blancs les a accompagnés … Lorsque le moment de l’enterrement fut arrivé, on vit tout à coup plus de vingt personnes sortir de leur poche des ciseaux pour lui couper quelque morceau de ses habits mais, étant là présent, j’ai taché d’arrêter ce zèle outré en leur faisant espérer de les contenter avec les restes qu’il avait laissés avant de mourir… »

3 - Des ecclésiastiques de renom viennent rehausser ces cérémonies de leur présence et conforter le rayonnement spirituel du couvent hors les murs. Citons, entre autre, en 1987, Mgr Angelo Felici, nonce apostolique en France ; Mgr Jean-François Arrighi, prélat de sa Sainteté  et Mgr Pierre Zevaco, évêque de Madagascar, tous deux originaires de Vico, lors de leurs séjours dans leur village natal ; les évêques de Corse successifs ;  des membres de la Maison Générale oblate ( en 1969, les Pères Angelo Mitri, postulateur général des causes oblates et Fernand Jetté, futur supérieur général, Francis George, futur cardinal-archevêque de Chicago ;  James Fitzpatrick,  également postulateur général ; en 1984,  Marcelo Zago, futur supérieur général ou  encore, en 1987, Daniel Coreejn, assistant général…), des évêques oblats :  en 1985, Mgr Yves Plumey, archevêque de Garoua ; en 1993,  Jean Khamsé, évêque de Ventiane ; en 1994, Alessandro Faccioli, ancien évêque de Luang Prabang ou encore, en 1986, deux Pères ayant marqué leurs terres de mission : les Pères Henri Haramburu, supérieur et vicaire des missions à Fort Simpson(Canada) et Roberto de Valicourt, apôtre des quartiers les plus dangereux de Bélem, au Brésil.   

4 -  C’est encore pendant le supériorat du Père Bonnafoux qu’au cours de l’été 1982 de jeunes universitaires sous la direction du Père Pierre Babin viennent suivre une session d’approfondissement spirituel à travers  le langage  symbolique de la photographie.  Au cours de leur séjour au couvent, ils participent à des campagnes de travaux, se rendent pour des enquêtes dans des villages  avoisinants, partagent avec le public leurs réflexions et leur découvertes à travers des montages audio-visuels. Ces sessions se poursuivront sous l’égide du Père Chalvet de Récy.

5 – Ayant pour siège le couvent de Vico, cette confrérie mixte inter-paroissiale placée sous la protection du Père Albini compte en 2010 quarante-huit membres ( 34 confrères et 14 consoeurs ) originaires des onze communes du canton des Deux Sorru qui comptait jadis une à plusieurs associations pieuses par village.  En  2014, elle est dirigée par une prieure : Elisabeth  Berfini.

6 -  L’attachement des Corses au fondateur des Oblats  s’est manifesté  par la présence  à Rome, lors de sa canonisation, de nombreux pélerins insulaires, notamment  vicolais.

 Pour honorer le nouveau saint, une chapelle latérale de l’église Saint François, originellement dédiée au Sacré-Cœur, lui a  été consacrée.

 

ANNEXES

 

ANNEXE I :   Rayonnement spirituel de Mgr Joseph Hippolyte Guibert

ANNEXE II :    Liste des  Pères et Frères Oblats inhumés dans le cimetière du couvent de Vico

ANNEXE III :    Lieux de culte confiés aux Pères Oblats de Vico portés dans l’annuaire du diocèse de 1952 à nos jours

ANNEXE IV :    Communautés oblates de Vico en 2001 et 2011 (cf. annuaires du diocèse d’Ajaccio)

ANNEXE V :     Pères et Frères Oblats originaires du diocèse de Corse de 1837 à 1889

 

ANNEXE  I :        Rayonnement spirituel de Mgr Joseph Hippolyte Guibert                                                                                             

Tous les faits et gestes de Mgr Guibert jusqu’à sa mort en 1886  furent suivis avec admiration et affection par tous les Oblats de la congrégation et plus spécialement par les Pères du couvent de Vico qui lui devaient tant pour les cinq premières années de leur histoire.

Evêque de Viviers de 1841 à 1857, archevêque de Tours de 1857 à 1871 puis de Paris, promu cardinal par le pape Pie IX  le 22 décembre 1873, il est nommé membre des congrégations romaines « De Propaganda Fide », des «  Evêques et Réguliers », du «  Concile » et de « l’Index ». Avec quelle fierté  le verra-t-on poser la première pierre de la « basilique du vœu national » à Montmartre, à la charge des Oblats    pendant 27 ans ou encore créer l’Institut catholique de Paris.

La gloire des Oblats de Vico et de toute la congrégation réside dans le fait inouï, exceptionnel que Mgr Guibert a tenu à rester religieux missionnaire Oblat de Marie Immaculée jusqu’à sa mort. Il écrit : «  Cette congrégation m’a formé. Je luis dois tout… C’est elle et Mgr de Mazenod, son fondateur, qui  ont fait ce que je suis…Je n’ai accepté l’épiscopat qu’à la condition que rien ne soit changé dans mes rapports avec la congrégation et que je continue à être un membre comme avant… »

Demeurant troisième assistant et secrétaire général de la congrégation de 1841 à 1843 puis premier assistant de 1843 à 1850, il assistera à tous les chapitres jusqu’en 1879. Lors de ce dernier chapitre, âgé de 77ans, il déclarera : «  Je veux bien mourir cardinal ou évêque puisque je possède ces caractères mais je veux surtout mourir Oblat !»

Cet  Oblat hors du commun a marqué la naissance et les premiers pas de la Maison de Vico. Il nous a semblé nécessaire de mieux le faire connaître car c’est lui qui fit venir au grand séminaire d’Ajaccio puis au couvent de Vico le Père Albini qui en trois ans mérita le titre de « saint apôtre de la Corse ».  

 

ANNEXE II : Liste des Pères et Frères Oblats inhumés dans le cimetière du couvent de Vico

 

* De 1836 à 1903 : Douze Pères  et  un Frère dont les noms suivent :

Les Pères Albini en 1839 ; Moreau en 1846 ; Pasqualini en 1855 ;  Bighetti en 1871 ; Combes et Arnaud en 1872 ; Pompei en 1886 ; Santoni et Rolleri en 1890 ; Semeria en 1893 ; Zirio en 1901 ; Campagnac en 1902 ;

Le Frère Metifiot en 1878.

Notons  que le cercueil du Père Albini fut transféré en 1951 du cimetière à l’intérieur de l’église et que celui du Père Pompei le fut en 1899 dans le caveau de sa famille à Quercitello(Haute-Corse).

 

* De  1924 à 2010 : Treize Pères et un Frère dont les noms suivent :

Les Pères Albertini en 1924 ; d’Istria en 1940 ; Perruisset en 1943 ; Bros en 1944 ; Sarret en 1945 ; Coste en 1948 ; Dupassieux en 1964 ; Garel en 1967 ; Magnin en 1973 ; Blanchin en 1977 ; d’Hervais en 1992 ; Comte en 1998 ;  Gaillard en 2010 ;

Le Frère Hiegel en 1995.

 

ANNEXE III : Lieux de culte  confiés aux Pères oblats de Vico portés  dans l’annuaire du diocèse de 1952 à nos jours

 Canton des deux Sorru : 

Arbori-Parapoggio,  Muna, Nesa,  en 1952

Guagno, Guagno-les-Bains, en 1956

Coggia, en 1960

Appriciani et Renno, en 1961                                                                                                                                          

Balogna, en 1966

Orto, Poggiolo, Soccia, en 1970

Létia-Saint Martin, Létia-Saint Roch, en 1971

 Murzo, Vico, Chigliani, Sagone  en 1991

 

Canton des Deux Sevi :

Ota, Porto,  Serriera,  de 1960 à 1990  puis de 2006 à 2013

Curzo, Girolata, Osani, Partinello, de 1972 à 1990 puis de 2006 à 2013

Cargèse : église latine et église grecque, Lozzi et Paomia, Cristinacce, Evisa, Marignana avec Chidazzo et Revinda, Piana, de 2006 à 2013

 

Canton du Cruzzini-Cinarca, de1989 à 1996 :

Cinarca : Ambiegna, Arro,  Casaglione, Lopigna,    Tiuccia

Cruzzini : Azzana, Pastricciola, Rezza, Rosazia, Salice, Vignamajore-Piane

 

ANNEXE IV : Communautés Oblates de Vico en 2001, 2011 et 2017 (cf. annuaires du diocèse d’Ajaccio) :

* En 2001 : Pères et Frère  résidant ou rattachés  à la Maison de Vico :

Pères Jean-Pierre Bonnafoux, supérieur (62 ans) ; Louis Doazan (76ans) ; Henri Pélicier (85 ans) ; René Schneider (88ans) ; Daniel Cavagne (76 ans), curé de Saint- Florent, rattaché à Vico ;

Frère Eugène Caillet (72 ans). 

* En 2011 :

Pères André Hepting, supérieur (74 ans) ; Dominique Ndjoko (51 ans) ; Joseph Thévenet (77ans) ; Pier Giorgio Piras (58 ans) ; Daniel Cavagne (86 ans), curé de Vescovato, rattaché à Vico ; Louis Doazan (86 ans, à la retraite) ;

Frère Paul Haag (82ans)

* En 2018 :

Pères Michel Brune, supérieur (72 ans) ; Daniel Cavagne (93 ans, à la retraite) ; Jean-Pierre Bonnafoux (78ans) ; Joseph Nguyen (55 ans) ; Greg Skicki

 

ANNEXE V : Pères et Frères Oblats  originaires du diocèse de Corse de 1837 à 1889

 

Noms des Pères et Frères Oblats

Lieu et date de naissance

Date des voeux

Lieu et date de décès

Morandini Ferdinand

Moïta 1816

1837

Aix-en-Provence 1838

Luiggi Dominique

Barretali 1817

1837

Vico 1858

Santoni Jacques-Philippe

Cassano 1820

1842

Ajaccio 1890

Tamburini Antoine-Louis

Oletta 1821

1843

Diano-Marina 1905

Pompei Paul-Marie

Quercitello 1820

1845

Ajaccio 1886

Pulicani Dominique

Corte 1922

1846

Kotahena 1893

Pasqualini Paul-Jean

Campile 1825

1849

Ajaccio 1855

Batesti Antoine

St Pierre de Venaco 1834

1857

Aix-en-Provence 1883

Bonifaci Jean

Orto 1835

1858 

Montolivet 1858

Leca Jean

Renno 1832

1860      - Frère

Lumières 1899

Chilini Etienne

Bastia 1838

1861

Jaffna 1891

Gandolfi François

Bonifacio 1824

1862     - Frère

Rome 1868

Tramoni Ours

Castelluccio   1835

1865     - Frère

Diano-Marina 1906

Sorbella Joseph

Azilone  1838

1865     - Frère

Diano-Marina 1907

Bocognano Jean

Campomoro 1830

1866     - Frère

Marseille 1890

Bighetti Jean-Baptiste

Bastia 1846

1867

Bastia 1871

D’Istria Thaddée

Petreto 1849

1869

Petreto 1930

Poli Antoine

Sari  Porto Vecchio 1853

1876

Ottawa 1932

Albertini Barthélemy

Corscia 1856

1878

Vico 1924

Coccola Nicolas

Sta Lucia di Moriani  1854

1879

Smithers 1943

Stephanopoli Dymes

Cargèse 1857

1880

Diano-Marina 1912

Chiappini Dominique

Letia 1856

1880

Vancouvers 1912

Guglielmi Thomas

Cassano 1857

1880

Colombo 1936

D’Istria Bernardin

Petreto 1856

1881

Farinole 1940

Stefanini Dominique

Sari d’Orcino 1851

1882

Aix-en-Provence 1930

Massimi Antoine

Sta Maria Sicchè  1850

1887

 Lumières 1901

Orsini Jean-Auguste

Corbara 1865

1889 

 1890

 

* Le présent article s’est principalement appuyé sur les travaux du P. Yves Baudoin, O.M.I, historiographe de la congrégation, et, plus particulièrement, sur le « dictionnaire historique des Missionnaires Oblats de Marie », paru en 2004 ainsi que sur ses études relatives au cardinal Joseph Hippolyte Guibert et au Père Charles Dominique Albini, respectivement publiées en 2006 et 2009.

Un Peu d’Histoire

C’est en 1481 que le Seigneur Giovan Paolo de Leca obtient du Pape Sixte IV un bref lui permettant « d’élever un couvent à l’emplacement qu’il jugera bon ».

A l’origine Notre Couvent construit en appui sur une petite chapelle dédiée à St Antoine n’est constitué que de petits bâtiments identiques à ceux des habitants les plus humbles de la région et près de 2 siècles plus tard en 1671, un chroniqueur de la province franciscaine de Corse écrit que « les cellules sont basses et exigües, leur sol est en terre battue,… de vrais miroirs de pauvreté ! »

Lors de la visite apostolique de Mgr Mascardi en 1589, plusieurs dysfonctionnements sont relevés mettant en cause la tenue de l’église conventuelle mais aussi l’attitude de la communauté peu rigoureuse dans le respect de la règle et des obligations apostoliques mais force est de constater que cette communauté est largement plus rigoureuse que le clergé séculier (le curé de la procathédrale sainte Marie de Vico vit en concubinage notoire à proximité de l’église !)

Tout ceci a failli provoquer le remplacement des Franciscains observants par les Réformés qui ont marqué le renouveau de l’ordre.

La réaction déterminée des populations de Vico et de la région qui se sont mobilisées pour défendre la communauté du couvent en s’adressant à Rome, ont sans doute permis de  provoquer son épanouissement ; en effet au cours du 17ème siècle sera construite une aile de bâtiment appuyée perpendiculairement à l’église. Au cours du 18ème est réalisée la partie perpendiculaire à l’aile du 17ème siècle, le tout formant un « U », Enfin des aménagements interviennent aux 19ème

Ce Couvent a été réquisitionné par l’Etat comme bien national pendant la Révolution mais grâce au concours de la population les moines franciscains sont restés jusqu’au dernier en 1826 ; ils louaient leur ancien couvent ! Puis l’Etat l’a remis en vente ; Mgr Casanelli de Vico évêque d’Ajaccio l’a acheté pour accueillir les oblats en 1835; en 1905 après la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat, ceux-ci ont dû quitter le couvent pendant 30 ans puis s’y sont réinstallés sans interruption jusqu’à nos jours !

Un Peu d'Histoire de Notre Couvent

La Fondation - 1481

Le Seigneur Giovan Paolo de Leca fonda, en 1481, le Couvent au lieu-dit "Paratella", situé à 500m à l'est du hameau de Nesa, territoire de Vico. Culminant à 410m d'altitude, ce mamelon, avancée du flanc Nord-Est de la montagne "La Cuma", est situé sur la même courbe de niveau que l'agglomération de Vico...

De 1481 à 1515, date le la mort de Giovan Paolo à Rome

Le fils de Giovan Paolo, Vincente, est prêtre et chanoine de la cathédrale d'Ajaccio... Si Giovan Paolo a favorisé le Couvent, il n'a pu le faire que durant les cinq premières années qui suivirent sa fondation. A dater de 1486, les soucis politiques et les revers militaires vont s'acharner sur le seigneur entré en guerre contre l'Office de Saint Georges...

Le Couvent à l'Italienne ( 1627- 1789 )

1627 : la mise en chantier du nouveau Couvent

     Fra Paolo Olivesi, provincial de 1662 à 1665, mentionne dans les "Raguali della provincia minore osservante di Corsica", publiés en 1671, la destruction de l'ancien Couvent en 1627 et le début de la reconstruction...

1710 : L'église conventuelle saint François, achevée avant 1710

Durant la reconstruction du Couvent, la vie liturgique dans l'église semble n'avoir jamais connu d'interruption...

1710 - 1785 : la seconde aile

l'église conventuelle de Vico connut précocement transformations et embellissements et vers 1710 commence un nouveau chantier : la construction d'une seconde aile perpendiculaire à celle du XVIIè siècle...

La fermeture du Couvent ( 1789-1828 )

Lors de ces heures fastes, le Couvent abrita une douzaine de frères. En 1770, il en compta 13 dont 7 frères prêtres. Qu'en est-il en 1789 ? La documentation demeure silencieuse... Le 14 décembre 1826, un inventaire des objets mobiliers est dressé, avant leur vente aux enchères, en présence des sieurs Simon Antonni ( dit padre Simonellu) et Antoine Leca, "ancien religieux". Ceux-ci semblent avoir été les derniers occupants du Couvent...

Acquisition de " l'ex-Couvent Saint François " de Vico par Mgr Casanelli d'Istria et installation de la Congrégation des Oblats de Marie Immaculée

Sauver de la ruine l'ancien établissement des Frères Mineurs de Vico, avec lequel la famille de Mgr Casanelli avait entretenu des relations privilégiées, et en refaire un haut-lieu de vie spirituelle... Le 4 juillet 1836, les révérends pères Albini et Telmon, mettant à profit les vacances des séminaristes, se rendirent au Couvent de Vico,... afin de prendre possession des lieux...

Jusqu'à l'aujourd'hui

Le Couvent est habité par la communauté des Oblats de Marie Immaculée et est animé par une équipe des laïcs...

 

Promenade historique  à travers le couvent st François de Vico.

C’est en 1481 que le Seigneur Giovan Paolo de Leca obtient du Pape Sixte IV un bref lui permettant « d’élever un couvent à l’emplacement qu’il jugera bon ». Après consultation de moult experts tant religieux que laïcs le lieu-dit Paratella est choisi 500 mètres à l’est de Nesa et séparé de vico par l’affluent du Liamone appelé « Bocadelle » ;  les sages l’estiment à 325 écus dont 200 semblent  être la part payée par Giovan Paolo de Leca.

Tant qu’il a été un seigneur puissant celui-ci a protégé le couvent qu’il a contribué à fonder. On lui attribue notamment le don du grand Christ en bois polychrome appelé « u Francicone » encore vénéré aujourd’hui.  Quand dès 1486 ses relations avec Gênes se  détériorent le couvent est contraint de chercher sa survie dans le jardinage, l’arboriculture et l’élevage.

A l’origine le couvent construit en appui sur une petite chapelle dédiée à St Antoine n’est constitué que de petits bâtiments identiques à ceux des habitants les plus humbles de la région et près de 2 siècles plus tard en 1671, un chroniqueur de la province franciscaine de Corse écrit que « les cellules sont basses et exigües, leur sol est en terre battue,… de vrais miroirs de pauvreté ! »

Lors de la visite apostolique de Mgr Mascardi en 1589, plusieurs dysfonctionnements sont relevés mettant en cause la tenue de l’église conventuelle mais aussi l’attitude de la communauté peu rigoureuse dans le respect de la règle et des obligations apostoliques  mais force est de constater que cette communauté est largement plus rigoureuse que le clergé séculier (le curé de la procathédrale sainte Marie de Vico vit en concubinage notoire à proximité de l’église !)

Tout ceci a failli provoquer le remplacement des Franciscains observants par les Réformés qui ont marqué le renouveau de l’ordre.

La réaction déterminée des populations de Vico et de la région qui se sont mobilisées pour défendre la communauté du couvent en s’adressant à Rome, ont sans doute permis de  provoquer son épanouissement ; en effet au cours du 17ème siècle sera construite une aile de bâtiment appuyée perpendiculairement à l’église. L’ancien couvent est détruit en 1627 et la reconstruction commence, elle sera achevée en 1710 ainsi que l’église conventuelle qui s’enrichit d’une voûte au-dessus du chœur, d’un clocheton garni de 2 cloches actionnables de l’intérieur, d’une sacristie avec accès à une tribune d’orgue de choeur et de deux chapelles latérales. Tous ces travaux réalisés au fur et à mesure des disponibilités financières se sont déroulés sans interrompre le service liturgique. Au cours du      18ème est réalisée la partie perpendiculaire à l’aile du 17ème siècle, le tout formant un « U », Enfin des aménagements interviennent aux 19ème et 20ème siècles :

Le « Calvaire » 1878/79 est un autel avec retable qui servait aux  grands rassemblements  de fidèles quand l’église était trop petite.

Sont représentés le  Christ entouré de la Vierge et de St Jean. Le plan est conçu par un Père oblat de l’époque et exécution par le frère d’un autre Père.

Le Clocher porche construit en 1889 est surmonté d’une statue de la Vierge offerte par l’évêque de Nice qui était un oblat, Mgr Balaïn.

La salle « Albini » construite dans les années 1990 permet les rassemblements de catéchèse ou de manifestations culturelles (conférences, formation, musique) ; positionnée perpendiculairement aux remises créées pour les activités agricoles et qui servent désormais de garages pour véhicules, elle permet de fermer la cour intérieure.

Quand on pénètre dans l’église, on peut découvrir une statue de St Antoine du 17ème siècle, seule statue ancienne qui nous soit parvenue. On la doit à la dévotion ancienne des Corses à St Antoine encouragée par les Franciscains ; sans doute grâce à Fra Giovanni Parente, corse, qui a assisté à la canonisation de  St Antoine en 1230.

 A droite on remarque  les tombeaux et « Arca ». La famille Casanelli d’Istria, bienfaiteurs depuis 1835, a enterré plusieurs de ses membres  dans l’église alors que, sous l’église, il y a l’ « arca » qui est la fosse où on déposait les morts autrefois ; elle servait pour les populations du Vicolais, Nesa, Arbori, Létia, Renno, Appricciani, Evisa. A l’époque moderne, a été  créé le tombeau du Père Albini, apôtre de la Corse mort en 1839 et déclaré vénérable en 1968. Il repose dans la chapelle dédiée à Mgr de Mazenod, fondateur des OMI, canonisé par saint Jean-Paul II.

Puis on s’incline devant le « Francescone », grand Christ en bois polychrome de la fin du 15ème siècle. Il est l’un des plus grands de Corse ! 1m85x1m85  la finesse des détails est remarquable. Il  était porté en procession surtout pour faire venir la pluie par temps de grande sécheresse.

Dans le chœur, le tabernacle 1698 est en marqueterie de marbre. Les 4 évangélistes sont représentés dans les niches, surmontés de coquilles : Jean (l’aigle) ; Marc (le lion) ; Mathieu (l’ange) et Luc (le taureau).

Derrière le chœur, on trouve les stalles (fin 17ème siècle) en bois de châtaignier. On compte 20 places dont 10 avec accoudoirs et 10 sur simple banc, elles servaient comme lieu de prière.

Derrière le chœur on passe dans la sacristie, où l’on découvre un Chasublier datant de 1664. Réalisé sur place par un franciscain ébéniste venu de Corte, appelé Paolo Bonagiunta il est conçu pour les ornements sacerdotaux et les objets de culte nécessaires pour 7 prêtres ; dans l’écu les armes des Franciscains.

Le Prie-Dieu datant aussi du 17ème siècle, est destiné aux prêtres se préparant à dire la messe ; sous l’icône, récente, des prières anciennes sont conservées.

La fontaine de sacristie, 17ème/18ème siècle, en marbre blanc (partie centrale en marbre de Carrare ajoutée) servait à se laver les mains avant de célébrer la messe.

En sortant de la sacristie et de l’arrière chœur, on emprunte la galerie rez de chaussée construite au 17ème siècle puis celle du 18ème jusqu’à la pièce de réception richement décorée. Cette pièce aurait été aménagée par Mgr Casanelli d’Istria dans la première moitié du 19ème siècle pour son séjour annuel au couvent au mois d’août ; son portrait se trouvait à l’origine  dans sa chambre mitoyenne de la salle de réception ; on peut y découvrir quelques fragments de décors muraux de même facture.

Si on emprunte le grand escalier on peut atteindre la Cellule du Père Albini transformée en chapelle privée des pères oblats. C’est en effet dans cette pièce qu’il est mort en odeur de sainteté à l’âge de 49 ans ; il était épuisé par une vie d’activité missionnaire, il n’a pas pu résister à une  maladie quasiment disparue aujourd’hui, le typhus.

A cet étage il faut visiter la Bibliothèque qui conserve encore de nombreux ouvrages dont certains présentent un réel intérêt historique, artitique et spirituel. Au 18ème siècle le couvent devient centre de formation et il compte plusieurs centaines de livres de toutes sortes droit canon, droit civil, théologie… et même des incunables (livres écrits à la main avant l’invention de l’imprimerie) qui ont enrichi la bibliothèque Fesch à Ajaccio.

Le couvent a été réquisitionné par l’Etat comme bien national pendant la Révolution mais grâce au concours de la population les moines franciscains sont restés jusqu’au dernier en 1826 ; ils louaient leur ancien couvent ! Puis l’Etat l’a remis en vente ; Mgr Casanelli de Vico évêque d’Ajaccio l’a acheté pour accueillir les oblats en 1835; en 1905 après la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat, ceux-ci ont dû quitter le couvent pendant 30 ans puis s’y sont réinstallés sans interruption jusqu’à nos jours !

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